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Actualités

30 octobre 2020

Les labels bio sont-ils fiables ?

Claude Gruffat, ancien Président de Biocoop et aujourd’hui député européen, s’est entretenu en septembre 2020 avec l’ingénieur écologue Frédéric Denhez (à retrouver sur le site de l’Obs).

Que vaut la certification bio européenne Agriculture biologique baptisée « Eurofeuille » ?

Claude Gruffat : Le label européen « eurofeuille » est très fiable sur la qualité agronomique mais ne dit rien de la cohérence sociale et environnementale de la démarche.

Elle est très fiable pour les domaines qu’elle recouvre : règles de productions végétales, animales, vins, aquaculture, dont l’interdiction des engrais chimiques et des pesticides de synthèse. Les produits Bio Européens sont à minima composés à 95% d’ingrédients Bio, etc. Mais elle ne dit rien de la cohérence globale de la démarche, autrement dit de l’ensemble de la chaîne de production. Ce label ne couvre pas les conditions de travail des salariés qui fabriquent ces produits bio. N’importe quel pays, dont la situation sociale est dégradée, peut exporter ses produits étiquetés « Eurofeuille » vers l’Europe. L’Europe elle-même n’est pas exempte de ces pratiques, comme dans la région d’Almeria en Espagne, où on emploie des travailleurs sans papiers dans de mauvaises conditions, dans la mer de serres plastiques.

De même, le transport de marchandises par avion tel qu’il est utilisé pour les pommes « bio » en provenance du Chili, porte atteinte à l’environnement.

Y a-t-il une évolution en ce sens ?

 Dans le futur règlement qui prendra effet début 2022, les produits importés devront répondre selon le principe de la conformité aux mêmes règles de production que dans l’UE. Cette réforme du règlement devrait permettre de plus produire en Europe plutôt que d’importer pour répondre à une demande.

Mais puisque la demande du Bio est en pleine en croissance, la grande distribution s’en est emparé sans s’interroger sur les valeurs et les principes de la démarche d’ensemble : elle achète à bas-coût et revend avec de fortes marges. C’est une forme de concurrence déloyale.

Seule la pression des consommateurs peut faire évoluer la situation vers des cahiers des charges plus exigeants. Pour le moment en France, la bio représente seulement 5 % de la consommation. Mais une croissance de 18% par an de ce marché offre des perspectives pour une agriculture Bio Paysanne et relocalisée.

Certains relèvent-ils juste du « greenwashing », en clair un habillage vert ?

 Le label HVE (Haute Valeur Environnementale), très à la mode en agriculture conventionnelle en France, est poussé par les grands groupes agroalimentaires et les institutions agricoles. Le marketing tend à faire croire qu’il s’agit de produits « bio » alors qu’il n’en est rien et on trompe le consommateur. Si un produit n’est pas contrôlé du début jusqu’à la fin de son parcours de production, personne ne peut certifier qu’il ne contient pas de pesticide. Le problème essentiel de ces allégations c’est qu’elles ne sont pas des signes officiels de qualité, donc des non-labels très insuffisants pour le consommateur.

Une salade vendue aujourd’hui moins d’1€ en coûterait 12€ si on intégrait son impact réel en termes de pollution !

Il est urgent d’intégrer le coût de ces externalités négatives dues aux modes de production dans le prix des aliments. Notre dette environnementale devra être payée non pas « dans le futur » mais demain. Plus on attend plus les conséquences seront désastreuses économiquement.

Dans ce podcast je reviens sur quelques notions et conséquences méconnues qui entourent la construction du prix de notre alimentation.

Par exemple qu’il n’y a pas de nourriture à bas prix sans environnement dégradé, sans conditions sociales inacceptables et sans impact sur la santé (60% des cancers sont environnementaux) ; qu’une agriculture biologique industrielle et donc non-basée sur les solutions agroécologiques est un leurre dangereux ; qu’il est plus que temps de repenser la communication sur notre alimentation pour que les gens achètent en conscience ; que la politique agricole commune européenne tient à bout de bras l’actuel modèle si néfaste et qui entretient l’illusion que l’industriel est moins cher que le bio…

Il faut donc offrir à tous et toutes une meilleure alimentation, qui préserve les capacités naturelles de production ainsi que la santé. Les consommateur.trice.s qui sont aussi des contribuables doivent comprendre qu’une alimentation mieux produite leur est bénéfique au final à tous points de vue.

Le podcast à écouter ici