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Canicule : paroles de producteur·rices

2 Juil 2026

Les fortes chaleurs ne se résument pas à quelques degrés de plus sur le thermomètre. La canicule rappelle que l'agriculture est en première ligne face au changement climatique. Dans les élevages comme dans les champs, les constats sont les mêmes : les animaux souffrent davantage du stress thermique, les prairies sèchent plus tôt et les vendanges s'annoncent de plus en plus précoces. Mais la canicule met aussi en lumière la capacité d'adaptation de celles et ceux qui nous nourrissent. Derrière chaque fruit, chaque pot de miel ou chaque légume, il y a des producteur·rices qui ajustent leurs pratiques, innovent et composent, jour après jour, avec une nature de plus en plus imprévisible. Ils nous expliquent :

Camille - Les légumes de Grasseval
« On adapte nos horaires et nos conditions de travail. Les journées de cueillette passent de sept à cinq heures pour préserver les équipes. mais cela perturbe l'organisation familiale » témoignent l'ensemble de nos producteur·rices interrogé·es. « Sous un soleil de plomb, le travail devient plus éprouvant et notre rendement est moindre !  Nous avons donc blanchi nos serres à la chaux ce qui a permis de baisser la température de 5° »
Côté culture, si les fleurs de tomates et concombre ont tenu bon jusque là, les aubergines ont déjà grillé et nul ne prédit l'avenir. « S'il y a une accélération du mûrissement des tomates, ce sera la rupture ensuite ! »
En plein champs, c'est une autre affaire : « 1 hectare de plantation de betteraves et panais perdue, pourtant semés en températures favorable, la canicule est venue tout griller ! On va devoir semer semaine prochaine avec cette épée de Damoclès, car il est prévu de nouveaux épisodes de chaleur ! »

José - Le Pota'José
Sur 4,5 ha de terres, José cultive environ 40 variétés de légumes. A ce jour, la canicule a de nombreux impacts sur sa ferme : « Si la production de courgettes est importante, les plants de tomates et de concombres voient leurs fleurs dessécher. Le stress hydrique affecte aussi les pommes de terre.  J'ai une perte de salades énorme et tous les dégâts ne sont pas encore visibles. Il faut irriguer beaucoup pour rafraîchir les cultures, travailler très tôt, on est évidemment moins efficace ! »

C'est probablement ce qui revient le plus souvent. Les cultures prennent de l'avance, les floraisons se concentrent sur des périodes plus courtes et les récoltes deviennent beaucoup moins régulières. Les maraîcher·ères parlent d'une succession de « pics » de production suivis de périodes plus creuses.

Quentin - La Ronde des Fruits
La chaleur modifie le cycle des cultures. Les fruits mûrissent plus vite, la pollinisation se concentre parfois sur quinze jours au lieu d'un mois et les récoltes, autrefois étalées, arrivent désormais d'un seul coup. « Tout se fait par à-coups. On peut avoir beaucoup de fraises pendant quelques semaines, puis plus rien. Certaines productions, comme les groseilles, sont en baisse, 60% d'une année normale, tandis que d'autres, comme les myrtilles, résistent mieux, mais c'est 300 kg en un mois. »
Pour préserver les cultures, l'eau devient une ressource plus précieuse que jamais. L'irrigation est renforcée, les pratiques évoluent, les parcelles sont moins tondues pour limiter les risques d'incendie et chaque intervention est pensée pour économiser la ressource. «  Mais qui dit plus d'arrosage, dit plus de mauvaises herbes à désherber ! »  Donc du temps et de l'argent. Ces bouleversements ont aussi des conséquences économiques. "Quand tous les fruits arrivent en même temps, il faut trouver de nouveaux débouchés, développer la libre-cueillette ou ajuster les prix pour éviter les pertes."

Gaêlle et Erwan - Les ruchers de la terre ferme
Les apiculteur·rices observent eux aussi une nature qui accélère. « Habituellement, nous récoltons le miel de forêt vers la mi-juillet. Cette année, la récolte a commencé entre le 15 et le 20 juin, avec près de trois semaines d'avance. ». Grâce à une floraison précoce mais suffisamment longue, les miellées de ronce et de châtaignier s'annoncent satisfaisantes. Mais l'inquiétude porte sur la suite de l'été. Le manque d'eau pourrait compromettre les floraisons de bruyère ou de sarrasin, laissant craindre une absence de récolte après celle du début de saison.  Les floraisons changent de rythme, les essaimages deviennent plus tardifs et les ruches doivent parfois être déplacées à proximité de points d'eau. Les interventions sont également plus difficiles : « En combinaison, avec les gants et les bottes, travailler sous 35°C est particulièrement éprouvant. » expliquent Gaëlle et Erwan.

Antoine - Domaine de Bablut
« Nous devons adapter nos horaires de travail dans les vignes pour continuer à travailler sur la végétation qui a une progression galopante. Pour le raisin, nous soupçonnons un blocage de maturité mais cela ne pourra se confirmer que lors des analyses qui auront lieu en août. » Pour l'avenir, les viticulteur·rices songent à devoir adapter leur système de taille pour soulager la plante et lui permettre d'être plus résiliente. De même, ils réfléchissent désormais leurs plantations en se demandant quel sera le climat dans 30 ou 50 ans, puisqu'une vigne est plantée pour plusieurs décennies.

Benoît - Les brebis anjouées
« Nous avons des brebis aveyronnaise de race Lacaune qui supportent bien les hautes températures, donc pas de baisse de lactation constatée. Un point important dans le choix des élevages. Elles pâturent la nuit mais nous ne savons pas encore le devenir de nos pâturages. Nous devrons entamer bientôt notre réserve de foin normalement donné en automne ! Pour apporter du feuillage à nos brebis, nous allons recourir à cette pratique ancestrale de la taille des arbres en têtard ».
Côté consommation client·es, la canicule modifie les comportements : « On a plus envie de manger de la feta que des fromages à raclette ou du camembert ! » Donc Benoît et Marguerite innovent de nouvelles recettes estivales comme la mozzarella.

Evidemment, il ne s'agit ici que de quelques témoignages, mais bien d'autres producteur·rices sont sévèrement touché·es comme les arboriculteur·rices dont certains ont subi de forts orages de grèle compromettant les récoltes à venir.  On n'oublie pas les boulanger·ères pour qui le travail au fournil est difficilement supportable !

Agriculture bio et résilience
Nos producteur·rices n'attendent plus un retour à la « normale ». Ils parlent désormais d'adaptation permanente, devenue une compétence à part entière du métier : nouvelles variétés, diversification des cultures, ombrage, évolution des calendriers de semis et des pratiques culturales. Tous·tes s'accordent  à dire que la gestion et le stockage de l'eau vont être les point cruciaux pour l'avenir.
Toutefois, tous les producteur·rices interrogé·es partagent une même conviction : la diversité est leur meilleure alliée. « Nous cultivons une vingtaine de fruits, avec plusieurs variétés pour chacun. Quand certaines productions souffrent, d'autres prennent le relais », explique Quentin - La ronde des fruits. Cette diversité, caractéristique des nombreuses fermes biologiques et paysannes, permet d'amortir les effets des aléas climatiques, contrairement aux système de monoculture.

A nous toutes et tous, client·es, de soutenir cette agriculture en faisant le choix de consommer bio et local !

A vous tous et toutes, producteurs et productrices un grand merci !

 

 

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